Yo Boom !

Accueil > En pantalon > Areski Mellal : Maintenant, ils peuvent venir

Areski Mellal : Maintenant, ils peuvent venir

lundi 28 juillet 2014

Je vais sortir de l’habituel diptyque polar/S.F. pour évoquer ce terrible et superbe roman d’Areski Mellal, « Maintenant, ils peuvent venir ». Mellal nous plonge dans le quotidien hébété de la décennie noire algérienne [1].

Le narrateur, un jeune homme adulte un peu perdu entre sa mère abusive et malade, et son indécision, son inertie profonde emprunte de couardise et d’engourdissement, va regarder son pays, sa ville s’enfoncer dans la brutalité. Interdit, il finira par lui aussi être pris dans les tourments de la guerre civile et par devoir se positionner.

L’écriture, subtile et élégante est pourtant celle « (...) de la révolte, de l’indignation, de la colère contre ce qui se passait dans le pays (...) » comme l’explique A.Mellal. Écrire « surtout contre le silence, en fait, contre l’indifférence parce qu’il me semblait qu’il y avait beaucoup d’indifférence devant cette horreur, devant la terreur que nous avons vécue… »

Amours contrariés et mariages sans amour, comment se dépatouiller du fardeau maternel, comment vivre et devenir « quand ne sait plus qui tue qui ».

Pour son malheur et celui des siennes, la route de cet indécis croise celle d’Antar Zoubir (nom à peine masqué derrière lequel on reconnaît Antar Zouabri [a.k.a Abou Talha] du GIA)...

Areski Mellal est un écrivain algérien de langue française, auteur maintenant d’une dizaine de romans, pièces et nouvelles. « Je suis un produit de la colonisation française, j’ai une culture en français, j’ai appris l’arabe quand j’étais gamin, comme une langue étrangère. Et puis d’abord la langue arabe est une langue étrangère à l’Algérie, l’arabe n’est pas notre langue maternelle, ce n’est pas celle qu’on parle à la maison ou dans la rue. (...) L’Algérie n’est pas un pays arabe, le terme arabe est très idéologique aujourd’hui en Algérie.(...) [la langue arabe] est passée des mains des nationalistes arabes à l’époque, de ceux qui luttaient contre les anglais contre les français, ils avaient besoin d’un mythe identificateur sur lequel rassembler, mobiliser les gens, c’est bien, ils l’ont fait, ça a marché. Mais aujourd’hui ce sont les islamistes qui utilisent cette langue arabe et la brandissent. Et surtout, cette langue est sacrée, c’est celle du Coran. Cette langue est devenue un piège terrible. [2] »

Ce roman est d’abord paru aux éditions Barzakh en Algérie et a été réédité en France chez Actes Sud (Mars, 2002 / 10 x 19 / 208 pages - ISBN 978-2-7427-3692-8).

(avril 2012)