Danois, Suédois, Islandais, Harkis, tout ça, tout ça...

Et tout ça, c’est la faute de Borgen et de Forbrydelsen. Deux séries télés, de bonne qualité, addictives, l’une de fiction politique, l’autre une série criminelle tordue, toutes deux venues du Danemark.

Borgen c’est une sorte de The white house (A la Maison Blanche) version locale, une série montrant l’envers du jeu médiatique et politique à travers différents personnages. La série tourne autour de la première ministre danoise au lendemain de sa victoire électorale et questionne gentiment la démocratie nordique et ses paradoxes socio-démocrates.

On peut reprocher à Forbrydelsen de répéter une trame identifiable au fil des saisons, mais pas d’avoir raté le final de la série : intègre et surprenant, comme le caractère de l’héroïne principale, Sarah Lund, jouée par Sofie Gråbøl. L’adaptation US de la série, The Killing s’inspire de l’univers danois, mais en l’inscrivant dans l’envers roux et pluvieux de l’Amérique, avec des intrigues et un univers visuel différent. On va au-delà de la simple adaptation pour le public américain avec cette mutation glauque et poisseuse. [Je parle de la première saison et de la moitié de la seconde, car je n’ai pas vu la suite - il paraît que ça se gâte]

De fil en aiguille, dans un élan de n’importe quoi, un peu comme je dirais j’ai vu un film italien et du coup je me mets au polar algérien, j’ai regardé l’adaptation britannique des romans de Mankell (Suède), Wallander, avec Kenneth Branagh, surtout attirée par sa présence - il jouerait Maigret que je le vénèrerais. Branagh, je l’ai toujours bien aimé avec sa série de films ratés et ses adaptations de Shakespeare plus ou moins foireuses.

Conquise par la série, je décide alors de la comparer avec les livres initiaux, parce que j’ai vu par aileurs un épisode, Avant le gel, dans son adaptation suédoise et que le scénario est assez différent de la version britannique. Intriguant. Une fois le roman lu, il faut quand même savoir que ni l’une ni l’autre ne lui sont vraiment fidèles. La version suédoise est celle qui se rapproche le plus de l’intrigue, avec ce passage par Guyana, mais je trouve les personnages plus accessibles dans la version britannique. Au final, le roman est VRAIMENT meilleur que les deux réunies, mais c’est souvent le cas, non ?

Ma réticence à lire Mankell vient de l’enthousiasme qu’il a soulevé il y a quelques années quand ses romans sont parus en français. Je pensais que l’univers de l’écrivain se rapprochait d’une sorte de whodunit à la sauce Les experts, un mix de Cornwell et de je sais pas moi Ellis Peters version suède contemporaine - grand public, plat et apolitique. Il y a des énigmes, il est vrai. Mais c’est l’univers et les personnages fouillés, la plume sensible qui font la force du suédois. Mankell utilise l’art particulier du roman policier, polar et roman noir de camper des lieux et de ous les rendre familliers, même si ils sont aussi exotiques qu’un bled de Scanie. Wallander est un homme bourru et torturé mais attachant à la Matt Scudder ou autre anti-héros de polar.

Avant de voir l’épisode correspondant, la lecture de L’homme qui souriait achève de me convaincre, même si j’ai un peu l’impression de lire un Ludlum. L’adaptation britannique adopte trop de raccourcis, mais reste visible, comme le reste de la série, si on fait abstraction du fait que ce sont des adaptations de romans. Donc, je me suis plantée, Mankell, c’est bien, et pas que pour les lecteurs de Télérama.

Dans l’élan nordique, j’ai donc lu un Camilla Läckberg, tout à fait sympathique, « L’enfant allemand », un roman léger sur fond historique dramatique, des personnages sympathiques à la limite de la nausée, mon voisin est formidable, ma voisine aussi, mangeons des gâteaux et des crêpes. Parfait pour un dimanche gris d’après une courte nuit, avec un peu mal à la tête. Le cerveau au repos. Ne casse pas trois pattes à un canard mais tout à fait agréable.

Avant la ligne droite islandaise, je voulais signaler Plaidoyer pour les justes de Aïssa Lacheb, un roman noir coup de poing, à classer dans la catégorie du roman carcéral. Une langue, une narration puissante, malgré quelques longueurs. Une parole peu entendue, celle des enfants de harkis. Et la guillotine carcérale [1] qui broie et achève, quelque soit le crime commis.

En parlant de Harkis, une série noire lue il y a quelques temps avec ce sujet en fond :Sérail Killers de Lakhdar Belaïd. Fils d’un indépendantiste algérien du MNA (le mouvement pro-indépendance opposé au FLN), utilise le polar pour évoquer les milieux algériens de Roubaix, l’histoire de la guerre fraticide entre partisans de Messali Hadj et ceux du FLN, le FN local et ses pieds nickelés, et la haine entre ex-indépendantistes et harkis. Le premier roman de Belaïd qui amorce les aventures de ses héros récurrents Khodja et Bensalem, les frères ennemis, Ed et Fossoyeurs roubaisiens.

Le Nord, c’est pas le Grand Nord. Ma conversion s’est achevée avec une plongée dans l’océan glacial arctique dont je ne suis pas encore sortie avec les romans policiers de l’islandais Arnaldur (quel prénom génial) Indridason. Son personnage central, père indigne obsessionnel et torturé, est le policier Erlendur Sveinsson, un homme taciturne, hanté par la disparition de son frère. Autour de lui gravite une série d’autres enquêteurs et ses enfants, tous deux déchirés par l’alcool et la toxicomanie, qui viennent régulièrement le renvoyer dos au mur de ses manquements.

Pour l’instant, j’aime presqu’autant que Lawrence Block, mais je n’ai lu que quatre des treize romans de la série.

Indridason manie les flash-back avec brio, et entremêle les enquêtes avec les mésaventures relationnelles de la famille d’Erlendur principalement mais aussi d’évènements de vie des autres personnages. Puisant tour à tour dans l’histoire islandaise, l’actualité ou sa propre imagination, il met en scène des histoires ou le passé, en tout cas dans les épisodes que j’ai lu, joue toujours un rôle, d’une manière ou d’une autre.

Il dresse au passage un portrait peu flatteur de la société islandaise (notamment dans La voix) et de son insularité singulière, enchainée comme d’autres îles, à l’économie touristique. L’occupation, la guerre froide, les légendes et mensonges familiaux servent de toile de fond respectivement à La femme en vert, l’Homme du Lac et Hypothermie. To be continued.