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Deux filles lumineuses

vendredi 14 novembre 2008

Mon expression favorite du moment, pour décrire la phase de vie dans laquelle je suis c’est : « je rentre à la maison ». Un de ces signes est le retour à certaines écoutes de jeunesse, par exemple, ou que je ressente toutes les émotions de la vie, de la joie à la tristesse à 100%, comme quand je m’habillais en rouge des pieds à la tête.

Enfin bref.

Quand elle a, à la fin de « Across the Lines », expliqué à la salle bondée de Bozar, que son premier disque avait déjà vingt ans, j’ai ressenti un pincement, une émotion forte. Vingt ans déjà, que j’écoutais ce disque en « heavy rotation » dans ma chambre encaissée. Vingt ans !

J’ai peu écouté ses autres albums, mais quand même je connais encore quasi par coeur, tous les morceaux du premier album de Tracy Chapman. Je me vois encore veiller tard pour voir des extraits de ses concerts dans les émissions télévisées de musique de l’époque. Importante fixette et puis, c’est comme si j’avais oublié. Et puis, novembre 2008, je me retrouve, pour faire plaisir à ma mie, à attendre que les lumières se baissent, dans le palais des Beaux-arts de Bruxelles.

Blasée par l’horrible première partie, l’insipide Joseph Arthur, c’est une claque monumentale que je me prends dès les premiers accords posés par ce petit bout de femme, seule sur scène avec sa guitare. Un vrai vertige. Une courte heure et demi. Un bouleversement.

Il faut dire que la période est propice aux fortes émotions. Et elle en rajoute car dès les premiers accords, j’ai compris. Elle explique ensuite, pour ceux qui n’auraient pas compris l’allusion, le chemin parcouru en vingt ans, au moins au point de vue institutionnel : quand elle a écrit ce morceau, « Across the Lines », jamais elle n’aurait cru voir advenir un évènement comme l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats Unis d’Amérique.

[Across the lines
Who would dare to go
Under the bridge
Over the tracks
That separates whites from blacks]

Alors bien sur, les violences policières, l’injustice et la pauvreté décrites dans la chanson n’ont pas disparu de la vie de la communauté afro-américaine, mais je ne sais pas, on dirait qu’une fenêtre s’est ouverte, que quelque chose s’estompe dans les larmes du Jesse Jackson.

A plusieurs reprises elle dit « when i come out as an artist... » ce qui me fait bien rire dans le fond. Je suis sure que certaines d’entre vous ont cherché, avec le harraps sous le bras ou en lisant les traductions hétérocentrées des pochettes, à savoir si ses chansons d’amour asexuées s’adressaient à des hommes ou des femmes sans jamais arriver à vraiment trancher. Et pourtant certaines de ses histoires racontées dans le pur style folk song américain, paraissent maintenant évidente à la trentenaire tassée que je suis :

Two weeks in a Virginia Jail,
for my lover, for my lover
Twenty thousand dollar bail
For my lover, for my lover
(...)
Everyday I’m psychoanalyzed
For my lover, for my lover
They dope me up and I tell them lies
For my lover, for my lover

Comme tout ça semble tellement limpide maintenant..

Rien à voir sinon, j’ai écouté - j’ai pas dansé trop crevée - mixer Fady Onel’autre jour, vraiment c’est superbe ! Une vrai djette, qui mixe avec finesse. Grandes salutations, un vrai bonheur !