Jamaica Avenue (Sun Aka Geisha : China Wine)

De retour parmi les humains après des aventures américaines et beaucoup de relations internationales.

Imaginez : vous êtes passablement crevé-e et vous avez une soirée et une demi journée à passer à New York. Pas moyen de tâter le pouls de la ville, l’appel du long sommeil est trop fort pour la nuit blanche et les bagages trop lourds de livres pour les trimballer partout. Les migraines

ophtalmiques vous interdisent à peu près tout endroit trop lumineux ou trop bondé, alimentant un malaise fiévreux passablement nauséeux et une légère parano urbaine du tunnel de métro...

Mais quand même, NYC, c’est trop mythique ! Manhattan,

oui, bof, y’a pas trop moyen, Harlem, non trop loin de l’aéroport, et non pas envie de gaytown, je veux rentrer à ma maison...

De fil en aiguille, de l’envie d’environnement familier à l’aperçu laissé par la traversée de l’île dix jours plus tôt, j’arrête mon choix drastique, aussi surprenant que ça puisse paraitre à certains de mes amis ou connaissances, sur un petit séjour dans le quartier

Jamaica, dans le Queens, à Nowhere Usa.

Mais qu’est-ce que tu vas faire à Jamaica ? Il n’y a rien à Jamaica.

Faisant ma Duras de répondre : tu n’as rien vu à Jamaica/ J’ai tout vu. Tout...Ainsi l’hôpital je l’ai vu. J’en suis sure. L’hôpital existe à Jamaica. Comment aurais-je pu éviter de le voir ? Il était en face de l’autre côté du pont qui enjambe l’Interstate...

Bien qu’à la base le nom n’ai rien à voir, il se trouve (checkez la

fiche wikipedia) qu’il

y a beaucoup de caraïbes (entre autres) dans le quartier. Évidemment, la destination n’est pas choisie au hasard ni pour le charme de l’hotel Clarion du quartier et son personnel indo-pakistanais, ni pour les sandwichs mexicains qui arrachent la gueule, ni les chauffeurs de bus

afro-américains sympas qui se foutent de ta gueule genre toi « tu viens de descendre du bateau, mets tes pièces dans le trou » et surtout pas pour les conductrices de bus (affreuses américaines) ces saletés vachardes de l’efficacité avec leurs soupirs et leur plissement de

lèvres (tu sais ce pschit de la bouche que tu retrouves partout dans la diaspora africaine, comme un trait génétique exprimant l’agacement).

Même google maps te le

dis : c’est un quartier mythique parce que c’est là qu’est le magasin de

feu Coxsone Dodd Music City.

Tout avait commencé avec la vidéo du Brooklyn Anthem par Team Shadetek,77 Klash & Jahdan et la quête du magasin que tu vois là le Hot Spot à défaut de pouvoir aller à une des soirée du Team avec ou sans Dj Rupture et d’autres zigues de la clique new yorkaise.

Évidemment, j’étais tellement claquée qu’au bout du deuxième bloc de dépassé, je lâche l’affaire et retourne prendre un bain à l’hôtel après avoir fouiné dans un bazar chinois plein de sacs frelatés, tapé le bout de gras sur Lil Wayne en franglais avec des vendeurs de mix-tapes sans papiers sénégalais. Une sieste plus tard, je tente la traversée pour aller écouter John Zorn et Bill Laswell à la Knitting Factory avec un exilé parisien. Leur show est tellement éclair, qu’on a pas le temps de finir notre verre pour entrer dans la salle que c’est déjà fini. Soirée mortuaire dans salle mythique, Martin Bisi nous rappelle que tout le monde ne peut pas être ET producteur ET compositeur ET interprète.

Le retour en métro et mon étourderie me voient attendre la correspondance en bout de ligne, à deux heures du mat, avec les ramasseurs de SDF et un tandem imparable de deux types qui rentrent chez eux après le boulot. Ils discutent Obama tranquillement et le plus âgé nous raconte (je me mêle of course de la conversation - on est trois dans ce train) sa vie d’employé dans la restauration rapide depuis trois décennies. On est rejoints par la dame qui attendait sac serré sous le dôme de la salle d’attente de nuit et je jubile car c’est un des meilleurs moments de tout mon séjour atlantique.

Le petit déjeuner traine au milieu de touristes américains variés en famille, seuls ou en couples, noir, blancs, arabes et pakistanais tout le monde coca cornflakes pour démarrer la journée et je me relance dans la quête qui sera l’objet du prochain billet.

En attendant, un petit morceau, of course, issu de cette quête de mythique, un grand n’importe quoi, qui date de l’été passé, produit par Wyclef Jean, China Wine par SUN aka Geisha.