Luther

Retrouver avec jubilation Idriss Elba, dans un rôle post The wire, avec son accent british original. Ça aurait pu être une comédie romantique, ça aurait été pareil, même pathétique, rien que de le voir se mouvoir aurait entraîné un tonnerre d’applaudissements.

Mais c’est un polar de qualité, sombre et hypnotique qui alourdit n’importe quelle journée ensoleillée. Avec un brin de policier torturé depressif et de tueuse perverse mais sympathique, histoire de bien troubler les contours du bien et du mal.

Luther est un filc ambivalent, intègre et sanguin, qui dépasse les bornes de ce que la police tolère comme comportement acceptable pour un officier de son niveau. Mais c’est un redoutable limier. Alors, même si il est soupçonné d’avoir assassiné un kidnappeur d’enfant, il est lavé sur le fil et reprend du service.

La première enquête de sa rédemption, le met en tête à tête avec Alice, une géniale parricide, qu’il n’arrive pas à coincer légalement, même si, par intuition, il cerne directement son profil psychologique et son mode de fonctionnement. S’ensuit, au cours des épisodes des deux saisons actuellement disponibles (une troisième est en cours de tournage), un chassé croisé pervers, d’intelligence et d’érotisme, entre Luther et Alice, parallèlement à des enquêtes plus classiques, dans chaque épisode.

Obsédé par ses enquêtes, il en vient jusqu’à perdre sa femme qui le quitte pour un autre ; et à vivre dans un logement qui tient plus du squatt que d’autre chose. Limier au bord de l’explosion, dans un Londres plus gris que nature, il ne demande qu’à exploser, mais pas comme Michael Chiklis
dans the Shield, juste l’opposé, là où le cuir suinte à L.A., c’est la colère instable en loden qu’incarne Elba. Comme quelqu’un debout au bord d’un haut-building à regarder en bas en se demandant ce que ça ferait de tomber. Juste pour voir.

Plus que les enquêtes, elles-même progressivement secondaires, ce qui fonctionne c’est le mystère Luther lui-même. Luther sans retenue face à la défection de sa femme, de ses collègues véreux et surtout face à lui même.
Dans un Londres de béton et de tours de logements sinistres. Malgré certaines petites faiblesses par moment, on en redemande. England at her best. A voir et revoir.

Luther, série, deux saisons en DVD, 2011 - 2012, BBC.