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Passer son temps à en perdre

dimanche 2 septembre 2012, par Rogue Selecta

La mise en ligne de Yo boom est aussi l’occasion pour moi de faire un point sur vingt années [1] d’utilisation d’Internet, sur le travail et la façon d’écouter de la musique.

Après avoir essayé différentes plateformes (podomatic, tumblr, blogspot, posterous), différentes formules (blog pro, blog musique, blog image, blog tea/tee etc.), j’ai finalement décidé de revenir à la case départ : un site perso ludique, sous spip, installé chez un hébergeur associatif.

Il y a quelques années, vers 2008/9, j’ai commencé à en avoir assez de maintenir moi-même plein de sites, les miens, ceux des autres, de gérer les mises à jour, les failles de sécurité, d’apprendre toujours de nouveaux langages, de faire des sites pendant mes loisirs, de faire des sites comme travail. Prise dans le tourbillon de l’internet grand public-ultra-accessible, j’ai fini par paresse par me laisser attirer par les sirènes des réseaux sociaux, des sites automatiques pour mes projets personnels, gratuits, si pratiques... Las l’internet libre ! L’autonomedia caca.

Pomme-C / Ctrl-V

Comme dirait l’autre : « rien n’est jamais gratuit ». Il faut donc toujours chercher où est le piège. Le piège N°1, sur la plupart de ces plateformes, c’est la récupération des contenus. Que ce soit pour les passer de l’une à l’autre, par exemple ou comme aujourd’hui, simplement récupérer ses textes et les mettre dans un bon vieux site traditionnel. Bienvenue dans la grosse galère. Même avec les RSS.

La plupart du temps, il faut y aller à la main à base de bon vieux copier-coller ou bien savoir manier différents langages informatiques [2] pour arriver à réimporter ses textes, images ou sons.

C’est au moment de quitter une de ces plateformes que l’on se retrouve face à ces conditions d’utilisation qu’on ne lit jamais [3] (piège n°2). Sur telle plateforme soit-disant ouverte, les photos restent à vie propriété du service, sur telle autre, les données ne sont jamais effacées (bonsoir le droit à l’oubli).

Les sociétés derrière les services 2.0 passent d’un propriétaire à l’autre, qui changent à l’envie les conditions d’utilisation du service en ligne sans forcément vous en informer. La valse des propriétaires elle-même questionne sur la concentration des acteurs du domaine : youtube-google, posterous-twitter, flickr-yahoo, facebook-instagram pour n’en citer que quelques-uns.

Bref, après ces quelques années (je ne suis arrivée sur facebook qu’en août 2009, sur tumblr il y a un an et mon premier post sur podomatic date d’avril 2008), j’ai décidé de progressivement tout rapatrier sur ce site, tout en réservant les trucs techniques et professionnels à un autre site. Je fais le vœux aussi de reprendre en main le fanzine intergalactique des origines qui est un peu moribond (le cadavre bouge encore).

Il y a beaucoup de choses qui me dérangent avec l’internet de 2012, [4] mais je ne sais pas encore comment résoudre toutes les questions politico-techniques que je me pose [5]. Donc je commencerais, avec ce que je suis en capacité de mettre en œuvre tout en continuant à réfléchir aux alternatives.

Les mails et la recherche

Tout comme Metrozendodo dans son billet célèbre « Vivre sans google », je me demande comment me passer de google. C’est pas gagné, l’hébergement de mail, non merci, je ne referais pas ça, ça prend trop de temps et d’énergie et personne aujourd’hui n’accepterais encore de ne pas avoir de mails ne serait-ce que deux minutes. J’essaye DuckDuckGo pour la recherche, mais il est vrai que ce n’est pas encore totalement à la hauteur et que souvent, c’est avec l’appui de google, comme les autres moteurs, que les résultats atteignent leur meilleur pertinence.

Les pubs

Comme j’utilise Adblock-Lite et ghostery, je ne suis que peux touchée par les publicités parasites. C’est quand je me connecte depuis d’autres machines que je suis frappée de l’abondance des publicités sur tous ces sites. Je me rends compte aussi que le fait de bloquer les pubs ralenti voir empêche une utilisation normale et rapide de certain de ces sites. Je n’arrive pas à m’empêcher de repenser aux sites persos hébergés chez multimania avec leur frameset et leurs pubs dégueux. Comme un retour en arrière. Alors si les sites ne fonctionnent pas ou pas bien avec Adblock, et bien, tant pis.

Les flux rss, les sauvegardes

Google et sa galaxie d’applications reste bien sur la référence, et ce même après les changements débiles de google reader, je trouve toujours que le couple reader/reeder sur mac est imbattable pour la gestion de flux rss et la veille.

L’autre truc que je n’ai pas encore le courage de remplacer ce sont les sauvegardes dans le cloud, si pratiques (dropbox, carbonite, ubuntu cloud par ex.) qui pourtant chatouillent aussi mon esprit critique. Au travail, Drive est parfait par exemple dans des contextes décentralisés.

Contre le tout connecté

Au ras-le-bol de la maintenance de sites a succédé aujourd’hui le ras-le-bol du tout connecté, la fatigue du téléphone portable notamment. Et surtout trop de mails. J’ai d’ailleurs mis un message automatique sur mes mails persos disant qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que j’y réponde, faute de temps.

J’ai eu envie très envie de lire à nouveau des livres (romans, essais) en entier et de voir des films en salle ou en dvd et de lâcher les séries en streaming.

Je ressens une vraie lassitude à passer mes soirées sur mon ordi sans agir sur rien, à surfer de site en site sans jamais lire un article en entier. Surfer sans but et sans fin, à perdre mon temps à rechercher dans les posts FB quelque chose de vaguement intéressant et pas seulement marrant, ou des nouvelles superficielles.

La question du temps reste au cœur de ma réflexion. Que de temps perdu sur ces réseaux sociaux, avant de trouver des choses vraiment intéressantes, que de temps plongé dans du divertissement sans fond dans cet outil de servitude volontaire. Quel temps passé à le perdre. C’est quand on s’efforce à réduire sa « consommation de réseaux sociaux » qu’on est frappé de comment ces outils induisent la connexion permanente. Dès qu’on loupe des posts, il est difficile de remonter les time-line comme on remonterait le temps malgré ce FB veut nous faire avaler avec ses profils-journaux de vie.

Unclutter le travail

C’est au travail que l’encombrement a atteint sa limite supérieure : retards systématiques de tout le monde aux réunions pas préparées, heures supplémentaires pléthoriques, surcharge de travail et manque de réflexion sur les orientations à prendre, impossibilité de réfléchir à l’adéquation des outils à utiliser ni aux projets à mettre en œuvre pour répondre aux problèmes posés. Et toujours, cette impression d’être sur un cheval sans tête lancé au grand galop.

Bon, ok, je mélange un peu tout, mais je crois vraiment que tout est lié. J’ai arrêté de maintenir des sites, mais aussi d’en développer ou d’en concevoir etc. que ce soit en free-lance, salariée ou bénévolement. J’ai arrêté de faire du web mon métier. Une fois ça fait, j’ai dérivé progressivement vers la facilité des plateformes 2.0 pour mes projets perso. Aujourd’hui, l’envie de refaire de l’internet comme je l’aimais est revenue. Pourquoi ? Parce que je remets l’église au milieu du village.

Un travail mal organisé, routinier qui prend trop d’énergie, part dans tous les sens et dans lequel on ne peut espérer aucune valorisation ni réalisation personnelle est plus que frustrant. Pourtant des outils existent, de gestion du temps, d’organisation qui permettent de travailler plus sereinement. Pour soi, même si le cadre de travail dans lequel on évolue est une sorte de tgv qui aurait raté le bon aiguillage.

Face à ce trop plein de web, trop plein de travail, trop plein de mails, de livres, de tout, je me suis lancée dans l’uncluttering, le désencombrement à tous les étages. Ce site est une tentative de mettre en ordre une partie de ma vie numérique, tout comme j’ai appris à ranger mon ordi et réduire le nombre d’applis à l’essentiel, ou à vendre beaucoup de bouquins pour faire de la place dans mon petit appart. (D’ailleurs, je revends les numéros 1 à 7 de Walking Dead, la b.d., état parfait à un prix défiant toute concurrence 3,50 pièce !). Au travail, j’ai adopté le mindmapping pour voir plus clair. Plutôt que de voir ce que je n’ai pas eu le temps de faire, je me force à noter non seulement tout ce que j’ai fait et le nombre d’heures de travail prestées. Je m’oblige à faire un nombre d’heures raisonnable, le plus proche possible de celles inscrites sur mon contrat de travail. Ça ne se fait pas sans heurts dans une structure de travail dysfonctionnelle, mais je sais que je suis sur la bonne voie. La mise en place de cette juste distance partout me permet un recentrage salvateur sur ce qui compte pour moi, et en ce qui nous concerne, sur ce que j’ai apprécié par le passé dans le web, ses techniques et ses débats.

Musique matérialisée

Au cours de ce processus toujours en cours, j’ai aussi compris que je n’étais pas faite pour la musique dématérialisée, ailleurs qu’au bureau. Les MP3, Flac et autres ogg, ça n’est pas plaisant à ressortir en se rappelant où on se les est procurés. Des vynils et des cds eux, ils vivent, ils ont une histoire, ils parlent et génèrent des émotions. Alors, j’utilise Last.Fm et Grooveshark (et un peu spotify) pour écouter de la musique en ligne au travail et un lecteur mp3 avec des podcasts pour les salles d’attente et les voyages en train.

Du coup, pas besoin de changer le disque dur de mon vieil ordi, j’ai gagné toute la place dont j’ai besoin en virant les .mp3 et les applis fantômes [6]. Mon mac date de 2006 et c’est très bien comme ça et j’ai un petit netbook sous ubuntu et c’est tout. Pas besoin d’une bécane neuve pour écrire, faire un peu de html/css/spip/php et traiter quelques photos de temps en temps.

C’est aussi en redécouvrant le plaisir de la lenteur, que j’ai progressivement pu réécouter sérieusement de la musique, puis aller voir des concerts à nouveau, et me livrer sans culpabilité et en respectant un budget raisonnable au plaisir du « crate digging ». Ce site en cours de réfection (je récupère donc à la mano les billets postés à droite et à gauche) va donc rendre compte de mes dérives musicales, lectures et plaisirs visuels, juste par bonheur de partager des passions et des découvertes, au gré des humeurs et des rencontres. Il y a encore pas mal d’archives à récupérer et aussi des trucs techniques à régler (par exemple pour les podcasts).

Pour finir ce billet, le nom du site est une adaptation libre du titre du premier album de Public Enemy : Yo ! Bum rush the show.

Réseaux sociaux

En ce qui les concerne, je suis retournée à Diaspora cette semaine : ça c’est amélioré, mais comme tous mes contacts sont dessus, je me vois mal comment me passer de Facebook aujourd’hui. Quand on est loin de membres de sa famille ou de ses amis c’est quand même pratique pour garder le contact. Avant on se serait écrit, mais qui fait ça encore ?

Idem pour status.net : génial sur le papier le micro-blogging décentralisé, mais encore très/trop geek pour la plupart des gens que je connais.

J’adore Seenthis.net mais c’est surtout une plateforme d’échange de liens et de commentaires argumentés, pas trop le lieu pour se plaindre des automobilistes au retour d’un parcours à vélo.

Je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à twitter, qui est génial pour suivre des évènements en direct, pour rester accroc à l’info, mais qui n’a aucune fonction dans mon espace actuel de travail, et que j’utilise presque comme un lecteur de news, en l’ouvrant deux fois par jour, le matin et le soir, pour une courte durée. J’ai peu d’interactions sur twitter, sauf quand j’ai du temps, en vacances ou que je suis invitée à y travailler. Bref, pas l’utilisation optimale de l’outil, mais un instrument que je me dois de maîtriser pour ne pas perdre totalement le pied avec l’internet actuel. Et quoi ?

(3/09/2012) Voici un fait intéressant. Les fichiers musicaux achetés sur itunes ne sont pas transmissibles aux héritiers de votre choix. http://www.numerama.com/magazine/23584-bruce-willis-va-attaquer-apple-pour-savoir-qui-detient-ses-fichiers-itunes.html

 [7]


[1* J’ai fait un peu de spéléo. Premières connexions (sans compter le Minitel) vers 1992/3 à la logithèque.

[2et maitriser différents modèles de base de données et surtout avoir du temps

[4Je ne m’attarderais pas sur les questions de vie privée plus que ça, car j’oscille encore entre l’envie d’apprendre à me protéger (crypto etc, utilisation raisonnée du net et de la téléphonie) et l’impression que c’est trop tard, que la vie privée n’existe juste plus.

[6Par exemple, le logiciel Clean My Mac permet d’extraire les binaires de langue inutiles et de bien désinstaller ses applis. Sur Linux, j’utilise Synaptic