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Presse : retour vers le futur avec Vingtras

lundi 13 décembre 2010

« Il n’y a pas une semaine que je suis au Figaro, et voilà qu’ils en ont assez.

Le journal a une clientèle d’insouciants et d’heureux, d’actrices et de mondaines ; le fait est que je ne dois pas les faire rire toujours.

Une fois par hasard, du Vingtras, c’est drôle, comme une escapade chez Ramponneau, comme une dînette à la ferme où l’on trempe du pain noir dans du lait blanc, comme une visite d’élégante dans un logis de blousier où la soupe sent bon – mais quotidiennement, jamais !

Or, je ne puis ni ne veux être l’amuseur du boulevard.

Je n’ai pris personne en traître. Je sentais si bien, quand l’on m’a embauché, que j’aurais à lutter contre le Tout-Paris, que j’avais repoussé les rouleaux d’or, tant qu’on n’avait pas stipulé que je serais libre de mener la campagne à ma guise.

On savait à qui l’on avait affaire.

Il paraît que non.

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Il ne me reste qu’à plier bagage ; je n’aurai pas été moi au péril de ma dignité, au risque de ma vie, pendant les jours obscurs, pour devenir un chroniquailleur d’atelier ou de boudoir, un guillocheur de mots, un écouteur aux portes, un fileur d’actualités !

« Si vous vouliez pourtant, avec votre coup de pinceau ! » dit Villemessant, qui tiendrait à me garder.

Oui, parbleu ! J’ai des adjectifs pour la rue Bréda aussi bien que pour le faubourg Antoine. Je m’entendrais tout autant à écraser des vessies de couleur sur ma palette qu’à bitumer mes toiles ou à buriner mes eaux-fortes.

Si je voulais… Oui, mais voilà, je ne veux pas ! Nous nous sommes trompés tous les deux. Vous voulez un égayeur, je suis un révolté. Révolté, je reste, et je reprends mon rang dans le bataillon des pauvres.

Car me voilà pauvre de nouveau, – encore, toujours ! »

 

Jules Vallès L’insurgé, 1886


 

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