Sugar Minott - Never Give Up

Ça fait déjà un peu plus de deux ans que Sugar Minott est décédé brutalement d’une complication cardiaque à seulement 54 ans. Sa carrière tient du who’s who jamaïcain : il a travaillé avec Coxsone, Sly & Robbie, King Tubby, Mickey Dread, Junior Reed, Gregory Isaac, Lloyd « Bullwackie » Barnes et j’en passe et ça, que ça soit en solo ou lors de sa carrière avec son groupe les African Bothers (1969-75) [1]. Normal pour une influence majeure de la musique jamaïcaine.

Sa voix unique entre crooner love et mélopées roots, accompagnera quarante ans de musique jamaïcaine, du style reggae roots au dancehall digital.

Mentor de toute une génération avec ses Youthman Promotions et son label Blackroots (1979), Minott a lui même commencé très jeune sa carrière : dès douze ans il participe à un festival de chanteurs amateurs dans son quartier à Kingston.
Selector, chanteur, DeeJay et producteur, il démarre sa carrière de chanteur au sein de la mythique écurie discographique Studio one.

Pionnier du dancehall reggae (le dancehall des origines, bien avant le digital), Minott fait partie des musiciens jamaïcains influencés par le rastafarisme et la culture afrocentriste. Son entrée à Studio One se fait grâce à son habileté à chanter de nouvelles mélodies de son cru sur des instrumentaux préexistants [2]. Il y travaille au côté de Coxsone, après la séparation des Brothers, comme guitariste et chanteur. Coxsone le fait travailler et exploite son talent et ses idées, comme il a su si bien le faire avec de nombreux musiciens, le faisant travailler sans contrat, à la session. Minott en sort amer, décidé à prendre son indépendance vis à vis des producteurs, studios et maisons de disque. Un disque de Soul Jazz Records, « Sugar Minott at Studio One », regroupe les meilleurs enregistrements de cette période, dont le « Never give up » écoutable dans ce billet.

Pour Minott, le salut des artistes jamaicains viendra par l’indépendance des moyens de production et la maitrise de la chaine de production musicale quitte à être dans la débrouille. C’est cet esprit qui présidera à la création de son label, Blackroots qui publiera ses enregistrements de 1979 à 1991. Les classiques se succèdent : Hard Time Pressure, Ghetto-ology...

Minott contribue ensuite au studio Channel one et au son Bullwackies si caractéristique des productions du studio/label en posant sa voix dorée sur quelques maxis et albums tout en travaillant à son autonomie. La crise jamaïcaine de l’après Bob Marley, aussi bien sociale et économique que musicale poussent Coxsone et Bullwackies à se réfugier à NY. Minott lui part en Angleterre puis reviendra s’ancrer sur l’île pour fonder son label Blackroots qui périclitera à la fin des années 80. C’est en Angleterre qu’il découvrira les fameux Musical Youth et leur tube Pass the Dutchie : How does it feel when ya got no food ?.

C’est dans la cour de sa maison que se côtoient les musiciens du Youthman Promotion. Studio de bric et de broc, les instruments parsèment toutes les pièces de la maison, que les musiciens et jeunes en errance envahissent dès que les enfants de Minott sont partis à l’école. Dans la cour, cuit un ragoût sur un réchaud improvisé, jeunes aspirants et Dee-jay experimentés partagent leurs expériences. Dans la poussière du yard, se construit les prémices du dancehall digital, dans la brume des spliffs monumentaux que fume dès le lever le maitre des lieux.

C’est avec « Herbman’s hustling », que Minott sort son premier hit de dancehall digital, composé avec des claviers et boites à rythmes pourris faisant oublier la période sombre où Minott s’est perdu dans des hits insipides, comme cette reprise de Michael Jackson, « Good thing going » qui sera son plus grand succès en Angleterre.

A la fin de sa carrière, il porte un regard triste sur l’état de la musique jamaïcaine, regrettant la disparition de la mélodie au profit du rythme, et la crise économique de l’industrie musicale jamaïcaine.

Ses derniers enregistrements, il les fait au sein du Easy Star All Stars, ce super groupe à l’origine des albums de reprises reggae de grands disques rock comme le Dub side of the Moon ou le Lonely Hearts Dub Band, reprenant notamment Exit de Radiohead .

Bibliographie :

Beth Lesser et son compagnon ont pas mal écrit sur le travail de Minott, dans leur revue et dans le livre référence, « Dancehall : The Rise of Jamaican Dancehall Culture
 » et surtout ont publié «  The Legend of Sugar Minott and Youth Promotion »

Discographie détaillée :
http://reggaediscography.blogspot.be/2009/12/sugar-minott-discography.html
http://www.allmusic.com/artist/sugar-minott-mn0000574057

[1Ecoutez la compilation Want Some Freedom
retraçant leurs premières et meilleurs années.

[2C’est ce qui deviendra la base du dancehall qui poussera ce principe jusqu’à son extrême avec des toasteurs enregistrant des versions presqu’à l’infini sur les musiques préenregistrées par les groupes maisons que ce soit les Roots Radics ou le Soul syndicate.

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