Vous vous souvenez des livres Time-Life ?

Vous vous souvenez des livres Time-Life ? Celui sur l’évolution m’a particulièrement marqué. Explication de la génétique, de l’hérédité et de l’anthropologie, des différences phénotypiques etc. Revue de l’exemplaire retrouvé en brocante et évocation nostalgique des procrastinations encyclopédiques, de Tout l’Univers au Whole Earth Catalog.

J’avais déjà évoqué cette ouvrage et la collection Time-Life dans un billet sur seenthis.net à propos du graphique sur l’évolution dessiné par Rudolph Zallinger et déconstruit dans cet article (http://culturevisuelle.org/icones/207) du site culture visuelle (l’Atelier des icônes).

De ce livre, plus que tout me reviens des images-expériences. Celle du garçon à six doigts dans sa brouette, le test du daltonisme, et les habitants de la Terre de feu qui nagent nus dans la glace.

Je ne sais pas si les dérives sur Wikipedia (et internet en général) produiront les même effets que les heures perdues dans les Time-Life et autres revues ou encyclopédies grand public. A l’heure où l’on redécouvre les encyclopédies papiers à travers leur version web et ou la procrastination sur wikipedia est élevée au niveau de l’art, j’ai la nostalgie qui déborde, car les dérives wikipedia ne me font pas tout à fait le même effet. Mais c’est surement l’érosion des ans qui altère ma perception.

Radio Nostalgie

Cette plongée nostalgique ne veut pas dire que je pense que c’était mieux avant, que les générations à venir n’auront pas l’occasion de se perdre dans des lectures de récits de vulgarisation sans finalité autre que celle de s’étourdir au contact de la magie du savoir humain. Je ne fais pas de prospective.

Je regrette juste ce temps personnel, cette époque de ma vie où je pouvais me perdre sans contrainte dans ces aperçus de connaissance, et rêver aux découvertes et à la science, me projetter en adulte à blouse blanche découvrant des remèdes, explorant l’univers l’œil rivé à mon télescope ou ingénieure fabricant des machines géantes d’excavation.

Je chéris la naïveté et la soif de savoir qui m’habitait à cette époque, quand je ne savais pas que la vie était si dure et que j’ignorais que l’envie de connaître était plutôt perçue comme une tare en dehors du cocon familial. Quand je ne comprenais pas que d’autres regardaient avec mépris ces ouvrages de vulgarisation grand public, que le mot amateur était une insulte. Ce qui m’apparaissait comme étant du savoir n’avait aucun sens pour les vrais tenants du savoir : trop de raccourcis, trop d’explications, trop grand public, trop prolo. Une sorte de Selection du Reader’s digest version sciences et histoire. Des ersatzs pour classes moyennes et prolos encultivés.

Science et vie, l’encyclopédie Tout l’univers... On encore « la vie privée des hommes », une autre collection de découverte également chez Hachette-Jeunesse : cette collection historique
 [1] cette fois-ci, éditée sous la direction de Pierre Miquel est toujours disponible et remporte toujours autant de succès.

Tout ces ouvrages sont nés dans une période d’abondance économique, avant la crise, après la guerre, à une période où l’éducation ouvrait des possibilités nouvelles à des milliers de personnes, même issues de la classe ouvrière, et où, dans l’élan post-nazi et malgré la guerre froide, le rêve d’une humanité (sous domination occidentale), unifiée par la connaissance, semblait possible.

Comme pour la presse en déclin, tout est une question d’angle. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’une encyclopédie ou des ouvrages et journaux de vulgarisation pouvaient être politiques comme tout le reste.

Whole Earth Catalog

Toute une génération de geeks américains évoque avec la même émotion le catalogue foutraque Whole Earth Catalog réédité en 2011 en version scannée électronique.

Quelque part entre le catalogue de la Redoute version maker et une encyclopédie de la contre-culture, le Whole Earth Catalog avait pour objectif à la fois de mettre en contact des clients et des fabricants d’objets, des éditeurs et d’être un outil éducatif pour stimuler l’invention et l’imagination. Largement alimenté par des contributeurs amateurs, le catalogue est souvent comparé à la blogosphère ou à Internet en général car il contient un peu de tout : des commentaires littéraires, des modes d’emploi, un lexique et des infos sur les premiers ordinateurs, de quoi nourrir son appétit technolgique et stimuler sa curiosité. On sait l’influence qu’il a eu sur Steve Jobs, Chris Anderson, les makers et autres boinboing. Comme toute la culture Hippie

Mais je m’égare. Revenons donc à « l’évolution » de la collection Time-Life.

[1La collection se charge d’édifier les masses républicaines en culottes courtes, dans la lignée de l’historicisme de Michelet, à travers une présentation du quotidien de différents représentants de toutes les classes sociales d’une époque donnée.

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