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Wells Fargo - Watch Out !

dimanche 3 juillet 2016

Je suis la bloggeuse la plus effroyable du monde à mon avis. Incapable de tenir la régularité et la distance. Et pourtant ce n’est pas faute d’envie de partager. Je vais hijacker seenthis avec le tag #selecta seulement si j’ai envie afin de donner une fausse impression de continuité et de régularité. Il y a bien sûr la radio, en groupe ou solo, mais il reste toujours un sentiment de frustration du au fait d’évoluer dans un groupe social où personne ne partage vraiment ton intérêt pour la musique et où les soirées découvertes se font devant l’ordi ou dans les magasins en solo.

Un exemple ? La réédition du disque Watch out ! du groupe Zimbabwéen Wells Fargo. Un disque profondément inscrit dans l’histoire politique du Zimbabwé, et que seule la ténacité de quelques passionnés a permis de conserver et diffuser maintenant. La contre-culture rock née dans le sillon de la guerre anticoloniale a disparu des mémoires locales et internationales après le retour à « l’africanité » qui a suivi l’indépendance. Contre le racisme de Ian Smith, contre la dictature naissante de Mugabe, Wells Fargo, l’instar d’autres groupes, a publié une série de singles regroupés ici en un album par les équipes conjointes de Vinyl me please et de Now again records.

Faire un groupe de rock, jouer devant des audiences mixtes, c’était faire face à la répression policière dans un pays basé sur la ségrégation. Pas besoin d’avoir des paroles ouvertement politiques, le fait même de s’organiser, de faire des concerts multiraciaux, de défier le couvre-feu, suffisait à faire des groupes de la vague « heavy rock » rhodésienne des opposants à l’ordre établi. Influencés par le rock américain, d’Hendrix à Black Sabbath, les jeunes « rhodésiens » animent une véritable scène rock, inspirée à la fois par la guerre d’indépendance et l’esprit de Woodstock.

Le morceau du podcast, Watch out, s’appelait
Have a gun will travel mais a été censuré dans sa version originale, et les membres arrêtés. Le morceau ayant quand même filtré, les fans voulaient l’entendre, le groupe en changea donc les paroles, et le morceau devient un tube dans sa version édulcorée - que tout le monde chantait bien sur avec en tête les paroles originales. Le groupe joue dans des stades, jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance, époque où le rock devient associé à une musique coloniale, marquée par le sceau de la ségrégation, et les groupes se mettent à jouer soit de la musique traditionnelle soit un mix d’influences locales et de reggae.

Un album tout à fait agréable, qui se bonifie à chaque écoute et prend toute sa force quand on découvre l’histoire du groupe, de cette scène heavy rock et de ce pan de l’histoire des indépendances. Un travail d’archivage militant assez exemplaire, que ça soit en ce qui concerne le travail sonore, visuel que documentaire.

A lire : http://blog.vinylmeplease.com/wells-fargo-band-liner-notes/

A écouter : un documentaire audio de 30 mns sur le groupe http://www.nowagainrecords.com/wells-fargo-audio-doc/ avec des interviews des membres du groupe Ebba Chitambo et Never Mpofu et un rappel de la violence du contexte social, politique et culturel de l’époque.